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Musée

des arts de la table

Fourchette en argent

Fourchette en argent

Matériaux / technique : Argent

Lieu de fabrication : France

Chronologie : XVIIe siècle

Marque / inscription : Poinçons : N couronné, DT couronné

Dimensions : L. 17,7 cm

Statut : Propriété du Département de Tarn-et-Garonne

Inv. AT.2008.26.1

Historique : Acquisition en vente publique, 2008

Crédit photo : (c) J.M. Garric ; (c) Musée des arts de la table/CG 82

Longtemps suspecte aux yeux de certains moralistes religieux car contraire, en apparence, à la volonté de Dieu qui a donné des doigts aux Hommes pour saisir les aliments, la fourchette de table, connue dans l'Antiquité, revint en Occident après un détour par l'empire byzantin. Révélé au grand jour par une anecdote concernant l'épouse du doge de Venise en 1075, sœur de l'empereur, ce retour s'effectua essentiellement par l'intermédiaire de l'Italie.

Souffrant d'une mauvaise image entretenue par les censeurs religieux, accusée de féminiser les hommes, associée à la perdition de l'âme, à la gourmandise, aux mœurs dévoyées, à la prostitution, la fourchette devint néanmoins, sous l'influence de l'humanisme naissant, le symbole d'une nouvelle façon de se tenir à table et de manger parce qu'elle oblige le mangeur à contrôler ses gestes et son appétit. Peu à peu, pour les moralistes convaincus, elle s'avéra utile pour tirer l'Homme hors de l'animalité. Au XVe siècle, elle avait conquis toute l'aristocratie de la péninsule et commençait, lentement, à émigrer vers d'autres pays d'Europe. Pourtant, des documents écrits et graphiques témoignent de la présence de fourchettes dans certaines cours royales et princières dès les XIIe et XIIIe siècles, objets de prestige plus que d'usage, véritables bijoux d'or et de pierreries contribuant sans doute à l'image de la majesté souveraine.

Mais à cette époque, la fourchette était petite, au manche fin et raide, munie de deux fourchons droits et pointus, et réalisée en matériaux très précieux. On ne rencontrait ces fourchettes de très haut luxe qu'à un ou deux exemplaires parmi les objets de table des plus riches personnages. Elles ne servaient en effet (lorsqu'elles servaient vraiment, pas seulement pour le decorum) que pour piquer certains aliments, dont les huîtres, les petits fruits fragiles, et surtout les préparations de fruits cuits au sucre. On peut donc soupçonner que l'essor de la fourchette, limité à une catégorie sociale minoritaire, s'est appuyé, en partie, sur la passion dévorante pour le sucre, aliment nouveau et cher donc très demandé, qui enflamma l'Europe à l'apogée du Moyen Age. A la fin du XVIe siècle, l'exemple d'Henri III, ayant fait de la fourchette l'un des instruments de la nouvelle sociabilité curiale qu'il tenta de mettre sur pied autour de la personne royale, entraîna un mouvement d'imitation qui rencontra bien des réticences.

Il fallut encore plusieurs décennies avant de voir l'instrument se généraliser et commencer à descendre l'échelle sociale. La fourchette, longtemps limitée à deux dents malgré les exemples de l'Antiquité romaine, gagna un puis deux fourchons supplémentaires mais resta difficile à manipuler. L'ustensile ne pouvait piquer que de petits morceaux pour les porter à la bouche, et non servir de la manière qui est la nôtre. Au XVIIe, elle évolua encore et s'adapta à un usage général puisqu'on l'utilisa dès lors pour tous les aliments. Son manche devint plat, plus pratique à tenir en main. Ses dents se courbèrent et elle prit la cambrure caractéristique qui permet au doigt de s'appuyer à la base des dents afin de maintenir l'objet lorsqu'on coupe un morceau de viande.