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Musée

des arts de la table

boîte de confiseur, 1830-1840

boîte de confiseur, 1830-1840

Matériaux / technique : carton, papier découpé et collé, papier métallisé, gravure coloriée, verre

Chronologie : 1830-1840

Dimensions : Dia. 16,6 cm ; H. 2,4 cm

Statut : propriété du Département de Tarn-et-Garonne

Inv. AT. 2010.4.1

Historique : acquisition, 2010

Crédit photo : (c) J.M. Garric ; (c) Musée des arts de la table/CG 82

L'art de la confiserie est devenu une affaire française dès le Moyen Age avec l'essor de la matière première indispensable : le sucre. A notre époque de préoccupation diététique où, pour notre santé, il nous est recommandé de ne pas manger trop sucré (entre autres), on peine à imaginer le goût prononcé de nos ancêtres pour le sucre, même s'ils en consommaient beaucoup moins que nous en moyenne annuelle. Ils avaient de la diététique une vision différente de la nôtre, et ne raisonnaient pas en termes de caries dentaires ni de diabète, mais, selon les théories héritées de l'Antiquité, en fonction des degrés de chaleur, de froidure, d'humidité et de sécheresse attribués aux aliments et à la complexion humaine.

Le sucre étant considéré comme chaud et sec, il convenait en particulier aux personnes, aux tempéraments et aux déséquilibres de santé jugés froids et humides, en particulier les vieillards. C'est pourquoi, durant plusieurs siècles, le sucre, comme tant d'autre denrées, fut d'abord et avant tout vendu par les apothicaires. Mais la frontière entre le prétexte médical et le plaisir gustatif était fine, comme le montrent les documents d'archives.

Les registres de la famille Bonis, riches marchands de Montauban au XIVe siècle et dont les magasins regorgeaient d'épices, de tissus, de bijoux et d'autres denrées coûteuses venues de loin, y compris du Proche-Orient, multiplient les mentions d'achats de sucreries par une clientèle bourgeoise et ecclésiastique très friande. Les religieuses des couvents n'étaient pas les dernières à s'y approvisionner.

Au XVIe siècle, sous l'influence de la culture italienne, la confiserie fit de nouvelles conquêtes. Un savant aussi passionné que le fameux Nostradamus écrivit un célèbre recueil sur les confitures, mêlant les recettes pour conserver les fruits aux produits de toilette et de beauté. Le goût pour les douceurs devint général chez les plus riches. Dans les appartements, des drageoirs mettaient à disposition de quoi grignoter en permanence, et l'on ne sortait pas sans avoir en poche une bonbonnière, pour soi-même ou pour faire plaisir autour de soi. Quelque minutes avant d'être assassiné sur l'ordre d'Henri III, le duc de Guise s'était servi, au passage, dans une coupe remplie de prunes confites...

Au XVIIIe siècle, à Paris, la rue des Lombards était le paradis européen des gourmands. On y trouvait tout, bonbons, chocolats, dragées, confitures, caramels, marrons glacés, décors de table en pâte sucrée et pastillage, etc.

Sous la Révolution puis le Premier Empire, de nombreux officiers de bouche de l'ancienne noblesse se sont établis comme confiseurs, faisant de Paris la capitale de la sucrerie. Ce fut l'âge d'or de la haute confiserie. Déjà, sous Louis XVI, on créait des bonbons de circonstance en fontion des événements, et chaque 1er janvier, les boutiques étaient prises d'assaut par les amateurs et les curieux pour découvrir les nouveautés. 

Quant aux noms des créations de l'époque, ils évoquent les délices d'un temps révolu : sucres candis parfumés, amandes à l'orange ou au beurre de cacao, bonbon caraque, persicot à la rose, pastilles soufflées, pastilles et tablettes à l'ananas, à la rose, au café, à la fraise, à la menthe, à la bergamote, à la vanille, à la fleur d'oranger ou au citron, jus de réglisse à la Reine, sucre de pomme de Rouen... Le sens du commerce poussait les confiseurs à donner des noms évocateurs ou exotiques pour des compositions aujourd'hui oubliées : bonbon d'amour, bonbon de Cythère, bonbon d'Emilie, Rose d'Amour, bonbon écossais, bonbon américain, Castor et Pollux, l’Amour dans une rose, bonbon d’après-dîner, bonbon de Pomone, bonbon trouvé, l’origine de Nicolas, Sommeil de Vénus, Conque d'Amour, bonbon Vautour, météore, pastilles galantes, pastilles-bijoux ! Et n'oublions pas le "bonbon de santé" du confiseur parisien Berthellemot, en forme de seringue de clystère... Tous ces petits délices étaient formés de coques en pastillage, fourrées de pâtes parfumées et de confitures. Ils ne fondaient donc pas, et pouvaient être conservés dans ce type de boîte qui ne contenait donc pas forcément des dragées.

Les bonbons étaient vendus dans de petits vases de cartons décoré, des cornets, des corbeilles tapissées de satin ou même brodées. Mais l'essentiel de l'emballage était formé par de simples boîtes comme celle-ci, véritables écrins donnant un avant-goût des merveilles qu'elles renfermaient. S'il est vrai, comme le proclame le "marketing" actuel, que le "packaging" doit attirer l'oeil et provoquer l'acte d'achat, ces boîtes, qui requéraient un travail manuel de précision, remplissaient parfaitement leur fonction au début du XIXe siècle.