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Musée

des arts de la table

Verres à vin ordinaire, vin fin et madère

Verres à vin ordinaire, vin fin et madère

Domaine : verrerie

Matériau / Technique : verre soufflé, teinté dans la masse

Lieu de fabrication : Lorraine (?), France

Chronologie : Seconde moitié du XIXe siècle

Dimensions : H 10,5 ; 12,5 ; 15 cm

Statut : propriété du Département de Tarn-et-Garonne

Inv. AT.2007.57.2

Historique : don de M. et Mme de Seyssel, 2007

Crédit photo : (c) J.M. Maume ; (c) CG 82

Très rares à la fin du XVIIIe siècle, connus seulement des milieux proches de la cour dans les années 1780, les services de verres coordonnés apparaissent véritablement autour de 1800 avec le développement des manufactures de cristaux dans l'Est de la France et l'adoption généralisée du service des vins à l'anglaise qui, lors des repas conviés, place les verres et les boissons sur la table, à l'inverse de l'ancienne tradition française qui les tenait à l'écart.

Comme on ne buvait guère d'eau lors de ces repas, sauf les femmes qui allongeaient beaucoup le vin selon les convenances de l'époque, le grand verre était surtout destiné au vin « ordinaire », qualificatif qui ne désignait pas un breuvage de piètre qualité mais le très bon bourgogne ou le très bon bordeaux qui restait disponible dans les carafes pour les convives ne souhaitant boire qu'un seul vin. Les autres verres servaient pour les différents nectars proposés à certains moments du repas ou avec des plats spécifiques. Les bouteilles arrivaient alors de la cave, encore revêtues de leur noble poussière. Depuis le XVIIIe siècle, il était en effet de bon ton, à défaut d'être bon pour l'estomac, d'offrir à ses invités différents vins associés à tel mets ou tel moment du repas. C'était une pratique de grand seigneur, dispendieuse, qui exigeait une cave très fournie, et de plus en plus, au XIXe siècle, la chose fut jugée prétentieuse avant de finir abandonnée dans les milieux bourgeois pour d'évidentes raisons économiques. Malgré cela, certains vins restèrent toujours d'obligation minimale : le champagne au dessert et en entrée avec les huîtres le cas échéant, le madère ou le porto, le rouge ordinaire.

L'essor de l'industrie et de l'offre commerciale au XIXe siècle permit à chacun de s'équiper largement en verrerie, comme en vaisselle et en argenterie plaquée. Dans les bonnes maisons bourgeoises, il fallait posséder au moins deux services de verres, un simple pour le quotidien, l'autre, plus riche et en cristal, pour les jours de gala. Mais même en famille, il était exclu de se contenter d'un seul verre à table. Les lourds et chers cristaux taillés qui scintillaient comme des diamants sur les tables du Premier Empire et de la Restauration cédèrent ensuite la place aux verres fins et légers, mais la couleur restait en général proscrite, sauf pour les verres à vin du Rhin, traditionnellement verts. C'est pourquoi l'alliance osée d'un bleu céleste soutenu et d'un jaune ambré pouvait passer pour une excentricité de mauvais goût. Elle connut cependant une belle vogue durant plusieurs décennies et fut déclinée sur de nombreux modèles, mais aussi employée pour des compotiers, des tasses de curiste, des brocs, des flacons, des services à liqueur, des objets décoratifs, des vide-poches... Ces verres de couleur, qui rehaussaient audacieusement la blancheur protocolaire des nappes, sont souvent associés, de nos jours, au nom de George Sand car la romancière possédait un tel service. Elle n'en fut cependant pas la créatrice.